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Ascension du Mont-Blanc (4807mètres)
Les quatre derniers jours j’étais à Chamonix accompagné de mon frère (Antoine), pour tenter une aventure un peu folle : gravir le Mont-Blanc.
Pour réussir, on a mis toutes les chances de notre côté en prenant avec un guide la voie normale (dites "des trois bosses") en trois jours alors que normalement, l’ascension ne se fait qu’en deux. Cette voie est censée être la plus facile car l’ascension est coupée en deux avec une nuit en refuge (bon pour l’acclimatation et la fatigue). De plus, seule la deuxième partie se fait dans la neige (et donc avec crampons et piolet). C’était donc, plein de motivation et de confiance que j’abordais cette aventure.
Malheureusement tout commençait très mal car à 7h30, le guide qui devait nous monter jusqu’au Mont-Blanc me sort de mon "sommeil" (tout le monde connait le confort légendaire des couchettes sncf) et me dit qu’il s’est fait une entorse la veille. Il ne peut donc pas monter !! Incroyable !! Le jour du départ, on est bloqué à Chamonix et ce n’est pas le soleil magnifique qui réussira à réchauffer l’ambiance. D’autant que l’agence nous dit que tous leurs guides sont pris et que donc la montée est annulée !!
C’est pour moi impossible de me dire que l’on va rester au pied de ce magnifique géant. On passe donc la journée à négocier, à appeler toutes les personnes susceptibles de nous trouver un guide puis, après une journée d’intense négociation on trouve un guide prêt à nous accompagner avec la compagnie des guides de Chamonix.
Le rendez-vous est pris pour le lendemain matin 8h et une journée d’initiation aux techniques de glace (et oui, marcher avec des crampons et un piolet n’est pas ce qu’il y a de plus simple) ! Après la formation, le guide (Pierrik - 34 ans) nous rassure sur notre niveau technique et nous dit que nous avons le niveau pour prendre la voie des trois monts. Cette voie est plus dure physiquement et techniquement car, en plus d’être plus longue, elle est surtout dans la neige et la glace (dans crampons au pied) du début à la fin. Nous rentrons de la journée plus motivés que jamais mais surtout de plus en plus conscients que la tâche va être très difficile.
Quelques heures plus tard notre guide (Alain - 59 ans) nous appelle et nous dit que les conditions climatiques ne sont pas très bonnes. La météo prévoit du beau temps mais aussi du vent très fort (60 à 70 km/h à 4000 mètres). Il nous explique qu’à 100Km/h le vent nous "coucherait". Il nous propose malgré tout de prendre la voie des trois monts (car même si elle est plus dure, elle sera moins exposée au vent). Nous nous donnons finalement rendez-vous le lendemain à 6h du matin et décidons de voire à ce moment-là si les conditions météo nous permettent de tenter l’aventure. Mais il y a de fortes chances que nous allions nous recoucher dans la foulée et peut-être repousser l’ascension au lendemain.
Le sommeil est dur à trouver et la nuit est agitée. Le stress et l’appréhension sans doute. Mais, une fois dehors, nos prières au dieu Eole on l’air d’avoir été entendues car aucun brin de vent ne vient caresser nos visages. Nous commençons à reprendre espoir en voyant la petite trentaine de personnes attendant l’ouverture du téléphérique de l’Aiguille du midi. Le guide nous rejoint et nous décidons finalement de "se la tenter" car le vent à l’air d’être moins fort que prévu. C’est donc avec la deuxième benne que nous atteignons les 3800 mètres, de l’Aiguille du midi.
La marche démarre, personne ne parle et nous sommes concentrés. Nous croisons d’autres cordées, toutes aussi concentrées et silencieuses que la notre et quand les têtes ne sont pas dans les chaussures, les visages sont fermés. Il est impossible pour nous de deviner s’ils sont allés au bout ou pas. Le temps passe et je maudit le vent qui, par rafale, vient nous faire trébucher et peut à tout moment nous faire faire demi-tour. Nous croisons une cordée et Alain s’arrête pour discuter avec son collègue. Malgré le vent, j’entends qu’il explique qu’ils ont rebroussés chemin au Mont Maudit car le vent les couchaient !! Je me dit que ce n’est pas possible et je fais semblant de n’avoir rien entendu. Finalement, on reprend notre marche et mes demandes silencieuses pour que le vent faiblisse reprennent de plus belle.
Et puis, les heures passent et nous sommes bien physiquement, le froid et le vent ne me gêne qu’assez peu et je me dis que seul le vent pourrait m’arrêter. La première pause intervient au bout de deux heures de marche et elle ne durera que 3 minutes, juste pour nous le temps de boire un peu d’eau sucrée. On reprend la marche et quelques dizaines de minutes plus tard, nous passons la première difficulté, le Mont Blanc du Tacul (4248 mètres), sans trop de dommage.
La suite est plus coriace et c’est dans la descente vers le col du maudit (4035 mètres) qu’Antoine a des crampes aux deux cuisses et s’arrête net. Nous sommes bloqués dans le vent et, au visage grimacant de mon frère, je comprends que c’est sérieux et que l’aventure va s’arréter là. Mais, notre guide, ne nous laisse pas trop le choix et force Antoine à continuer car la zone est dangereuse et trop exposée au vent. Finalement, il dépasse la douleur et reprend la marche. Bien lui en a pris car quelques minutes plus tard les crampes passent et nous arrivons fatigués mais heureux à quelques mètres du sommet du Mont-Maudit. 70 mètres pour être exacte ! 70 mètres vertigineux à plus de 70%. Il faut escalader ce mur de glace à l’aide de notre piolet et de nos crampons. Bien qu’ assuré par notre guide qui à escaladé la paroie préalablement, la trouille est belle et bien présente et mes jambes sont flageolantes mais la peur de tomber me fait avancer et au bout de 30 minutes, nous passons victorieusement cette difficulté impressionnante (4465 mètres).
A ce moment, le spectacle est hallucinant car nous avons devant nous le Mont-Blanc. Nous touchons au but... Incroyable... Nous pouvons même voir une cordée qui s’approche du sommet. Dans la descente vers le col de la Brenva (4303 mètres), l’émotion me gagne car je suis bien physiquement, je n’ai pas froid, je ne souffre pas trop de l’altitude et je vois le sommet se rapprocher.
Malheureusement, au milieu de la dernière ascension nous sommes litéralement stoppés net par des vents proches de 80 km/h. Après être resté immobile pendant quelques minutes, Alain se retourne et nous mime que l’on ne peut plus avancer, trop dangereux. Nous sommes bien physiquement et nous pouvons encore avancer mais il nous explique que là-haut le vent va être encore plus fort et qu’il ne serait vraiment pas résonnable de continuer. Nous sommes à 15-20 minutes du sommet et c’est comme si nous y étions.
L’émotion est vraiment forte mais la raison l’emporte (je voulais monter le Mont-Blanc mais pas y rester) donc, nous rebroussons chemin. A ce moment je pense à tout ceux qui m’ont encourager à tenter cette ascension, à ma famille, à Camille que j’aime et qui attend surement avec impatience de mes nouvelles. Je pense aussi à l’équipe Médiastay à qui je vais pouvoir rammener une photo avec le drapeau qu’ils ont réalisés pour l’occasion.
Quelques cailloux nous permettent de nous abriter quelques minutes le temps de se congratuler, de lâcher une larme et de prendre quelques photos. Mais la réalité reprend le dessus : le vent est vraiment trop fort et nous devons redescendre avant de vraiment rester bloquer dans le froid et le vent.
La descente est extrêmement dure car la fatigue commence à faire son effet et, par cette voie, il faut remonter tout ce que l’on a descendu. C’est long, c’est très long. La descente du Mont-Maudit (et des 70 mètres quasi à la verticale) laissent des traces. Antoine descend bien tandis que je galère vraiment à suivre leur rythme. Il faut dévaler la poudreuse et je manque à chaque fois de tomber de fatigue. Finalement, nous sommes au Mont-Tacul et nous devinons, à travers le brouillard, l’Aiguille du midi se dresser devant nous. Il nous reste 1h30 de marche et çà me parait interminable.
Au bout d’une heure, nous passons au pied du refuge des Cosmiques où les cordées chanceuses s’arrêtent pour la nuit. Nous, nous devons continuer et c’est un terrible finale vers l’Aiguille du midi et son téléphérique qui se présente à nous. La montée se fait de façon mécanique, la bouche grande ouverte, à un rythme vraiment lent. On s’arrête plusieurs fois car Antoine a du mal à retrouver son souffle mais Alain ne lâche rien et nous force à continuer. Puis, d’un coup, je lève la tête que j’avais dans les chaussettes depuis quelques minutes et je découvre la plateforme salvatrice à quelques mètres au dessus de moi. Le calvaire est fini.
Nous avons réussi !!!
Le sentiment de fierté est immense et indescriptible... Nous avons gravit le Mont-Blanc, par la voie des trois Monts en 1 jour !!
En écrivant ses lignes, j’ai encore du mal à le croire !!
Un grand merci à Alain sans qui on se serait arrêté 1000 mètres plus bas et évidemment un immense merci à Tonio pour m’avoir accompagné et soutenu dans cette aventure !! T’es vraiment le meilleur !!













